Poularies | Une municipalité, une histoire
9 janvier 2026
Poularies
Les deuxièmes localités à se servir dans l’inventaire des terres d’espoir d’une vie meilleure, furent celles tout juste un peu plus loin du chemin de fer. Poularies fait partie de ces localités-là. Les premiers villages étaient le long de la voie ferrée, comme Macamic. Terres planches pour le bois mais surtout pour l’agriculture vigoureuse, la drave était possible à Poularies pour acheminer le bois flottant vers les scieries de Macamic ou celle de M. Baribeau de Poularies, avant de cultiver. La sculpture-monument en face de la superbe église d’origine (1927) en fait foi. Ici, le bassin de population s’est rempli sur plusieurs dizaines d’années. Pas de ruée chaotique. Une planification bien orchestrée avec le méticuleux découpage carré des cantons, puis celui rectangulaire des lots de rang avec un chemin aux limites des lots. Chacun a droit à la justice d’une part égale sur papier. En mettant le sol à nu et en le travaillant, c’est ensuite qu’on constate les différences des types de sols, puis les réelles ambitions terriennes de chaque famille. Des déserteurs en Première Guerre mondiale se sont réfugiés ici, tout comme ceux avides de découvertes, des gens qui suivent la tendance du moment, des chômeurs de la Grande crise des années 30, des Québécois expatriés aux USA qui ont le mal du pays, et j’en passe. Toutefois, ce qui importe le plus, ce n’est pas tant le sol sous nos pieds ni la superficie qu’on détient, mais bien ce qu’on fait sur la terre. Ce qu’on fait de nos vies. À ce sujet, les lignes sont parfois moins droites. À chacun son sentier aussi sinueux que les beaux tracés du club de motoneige local ou que les feintes au hockey à trois contre trois lors de la classique Ghyslain Luneau. Pour arriver à ses buts et se faire une existence agréable, on a tout à Poularies. En moins de deux, hop! Déjà 100 ans de passé au calendrier. À voir le plaisir qu’on a eu à se souvenir du bal des foins et à tout le dynamisme généré sur quatre générations, ça donne envie de s’impliquer pour que notre propre nom soit cité lors du 125e anniversaire.
Une famille de Poularies connue dans la région illustre très bien ce que c’est qu’emprunter les chemins de la vie pour se faire une place : les Maheux. Aujourd’hui Autobus Maheux est le seul transporteur nolisé intra régional en Abitibi-Témiscamingue, offrant le lien vers Montréal, en plus de ses contrats de transport scolaire, en commun et sur demande, est Autobus Maheux. En 1938, Nérée avec son garage de mécanique générale au village, a transmis l’entreprise à son fils Roger en 1958. Ce dernier a acheté un autobus scolaire, puis a misé sur les acquisitions et l’expansion de ce type d’autobus, puis de d’autres catégories ensuite, pour s’imposer dans ce domaine. Son voisin d’en face, monsieur Paul Mercier, exploitait un garage de mécanique générale et une station-service. Pas de concurrence inutile. 65 ans plus tard, après avoir transmis à son fils Serge, puis à l’autre génération (Tony), les Mercier exploitent le commerce situé dans le même espace avec plaisir. Pour leur part, les Maheux ont choisi de s’approcher de la ville pour prospérer. Dans la cohue du Centre-ville de Montréal près de Berri-UQAM, c’est la vue soudaine de ce nom de famille plaqué sur un gros autobus qui rassure les Abitibiens dans leur désir de revenir chez eux avec fébrilité. En prenant place, les ouest-abitibiens savent alors glisser à l’oreille de leur voisin de banc : « Maheux, c’est de Ste-Rose-de-Poularies. Bonjour, je m’appelle… ».
Le chemin de vie le plus atypique qui soit se trouve aussi à Poularies. Ti-Boule Lampron. Dans les débuts du village, on dit qu’il voit mourir sa femme de la contagieuse grippe espagnole avant de lui faire une tombe, l’amener par chaloupe qui chavire avant d’arriver à Macamic. Il la repêche et la transporte finalement sur ses épaules pour lui offrir de modestes funérailles improvisées. Ce sujet à curieux aurait survécu in extrémis à une indigestion grâce à un remède de cheval et bien d’autres péripéties encore qui ont tôt fait de le hisser au rang de légende locale.
Parlant d’éléments légendaires, certains vivent sur terre avec un tel talent pour faire fructifier leurs habiletés à Poularies, que certaines personnes présument qu’ils deviennent agaçants pour le bon Dieu. En effet, l’excellence vocale atteinte pendant plusieurs années, notamment par les quatre derniers hommes de la chorale paroissiale, était très impressionnante. Si bien que Dieu aurait eu l’idée de les rapatrier auprès de lui un par un prématurément. L’énergique cheffe de choeur Évelyne Drouin se retrouvant dès lors à diriger une chorale féminine, se console en pensant qu’au moment du trépas de chaque humain ici-bas, s’il existe un proverbial tunnel de lumière, il y a peut-être quatre belles voix d’hommes de Poularies au sein de la chorale céleste pour égayer les entrées au paradis.
Un texte de Guillaume Beaulieu
Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications.





