Sainte-Germaine-Boulé | Une municipalité, une histoire
20 février 2026
Sainte-Germaine-Boulé
Communautaire, communautaire et encore communautaire. Sainte-Germaine-Boulé est née d’un esprit villageois fort dans le comté de Dorchester qui prenait le taureau de la Crise économique par les cornes de la transplantation sociale pour se donner un nouveau village en 1933. Ils l’ont fait tant et si bien, qu’ils se pètent aujourd’hui les bretelles avec leur proverbial Festival du boeuf depuis deux générations. Et leur boeuf est local, yes monsieur! Ils ont emprunté l’expression québécoise pour s’autocréer un Temple de la renommée du pétage de bretelles, oui madame! La moindre particularité locale est grossie à la loupe, puis gonflée et hissée au rang de montagne incontournable, aidée par des bénévoles et le dynamisme de leur organisateur du milieu communautaire. Ainsi, une passion personnelle d’un résident pour le rouet d’antan devient un monument géant et homologué dans les records mondiaux Guinness. Des tracés de ski de fond deviennent un des rares centres de ski très animé du secteur. La belle église d’origine contient des objets rares, alors on en fait un musée sur deux étages. L’ornementation florale coquette du village devient un projet pour rester dans le top 3 du concours Villes et villages fleuris (en 2024 : haute distinction provincial 5 fleurons). La création d’un vélo collectif soudé à 5 places réalisé par la famille Pigeon pour le 75e de la municipalité devient une visite guidée permanente en vélo et les mystères historiques qui planent encore à la Société d’histoire locale, trouvent aisément réponse par des légendes qu’on invente à l’école primaire et qu’on assume. Bref, la promesse du gros fun qui stimule l’entraide, la réussite, puis l’envie de rêver plus grand. La recette de leur succès collectif, pas surprenant que les résidents la propagent et la vantent si efficacement ailleurs. Ils l’envoient partout par les Rancourt coureurs de fond et via l’autobus par les Bégin.
Jouissant d’un avantageux positionnement géographique entre La Sarre et Rouyn-Noranda, Sainte-Germaine-Boulé cultive si bien son sens communautaire que les projets intergénérationnels sont aussi monnaie courante. Il n’y a qu’un pas entre l’école primaire, la salle de l’âge d’or, le CPE, l’aréna, la résidence pour personnes âgées et la Maison des jeunes et il est franchi très régulièrement. Cela forme un heureux mélange pour de multiples pièces de théâtre amateur, concours de talents, après-midi de cartes et le tournage annuel d’un film de fiction d’antan.
Parlant de légendifier le passé, il y a quelques années, l’agriculteur Régis Bégin aurait acquis une vache à lait de race Holstein qui avait un niveau de perfection tel, que les taches noires sur son dos formaient une carte du monde! De plus, il n’avait qu’à flatter le poil d’un continent précis pour que la vache lui donne du lait prenant les propriétés sucrées, épicées ou grasses du continent touché. Génial, non?! Pour ce qui est d’un fait historique exceptionnel qui se passe de rajout, le cas d’un jeu de cartes retient l’attention. Durant la Première guerre mondiale (1914-1918), des soldats s’ennuyant dans les tranchées au front ont trafiqué un jeu de cartes afin d’en inventer un nouveau, prenant appui sur les quatre principaux pays en guerre. Dans le jeu, on cherche à gagner des points en acquérant la carte de la France (général Joffre) et celle de l’Angleterre, mais on tente de se départir de celle de l’Allemagne (général Kaiser) et de celle de la Russie. À la fin de la guerre, quelques
soldats sont retournés chez eux en apportant le jeu qu’on nomme : Le Joffre. Un des rares endroits qui l’a adopté plus durablement est un groupement de quelques villages du comté de Dorchester dans Chaudière-Appalaches. En 1933, lors du déménagement de moult familles pour créer Sainte-Germaine-Boulé, le jeu fut amené et a continué à se jouer en Abitibi. Maintenant de manière remarquable sa popularité très localement, le jeu du Joffre est aujourd’hui joué en province seulement à Sainte-Germaine-Boulé (achetez votre paquet à l’Épicerie Gauthier) et dans Dorchester (St-Gervais fabrique les cartes et les achemine ici). Vous comprendrez que dans les activités intergénérationnelles, il y a l’apprentissage aux plus jeunes du jeu du Joffre quelques fois par année. Ainsi, si vous voyez que des gens de Sainte-Germaine souhaitant vous attirer dans leur village jouent franc-jeu et mettent cartes sur table, dites alors : « Oui j’emménage ici, mais j’ai une carte dans ma manche… « JOFFRE » mon aide bénévolement ». Vous devenez un atout qui compte pour beaucoup.
Un texte de Guillaume Beaulieu
Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications.









