Roquemaure | Une municipalité, une histoire
6 février 2026
Roquemaure
« Gens de Ste-Anne-de-Roquemaure, vous êtes ce que nous sommes de meilleur. » disait le cinéaste l’Abbé Maurice Proulx dans le populaire film nationaliste En pays neufs en 1935. À l’aube de son existence, le destin de Roquemaure était de se faire scruter de près en tant que colonie naissante dans laquelle on teste un concept : la formule coopérative. À l’époque, une foule de nouveaux villages sont créés, mais les gens sont dépendants des entreprises et de l’État pour fonctionner. Ils sont clients ou contribuables et font des listes de demandes aux décideurs. Or, si les gens devenaient maîtres de leur gagne-pain et de leurs services en adressant à eux-mêmes leurs besoins et en y répondant en assemblée collective, est-ce que le monde tournerait plus rond? Ça renforce la capacité d’agir des individus, les implique, les lie et ce, en donnant un répit aux services publics. On essaie. En 1934, c’est à Roquemaure que naît la première coopérative de consommateurs au Québec et ça roule à plein régime. L’année suivante, on fonde L’Occident forestier, une des premières coopératives de travailleurs de bûcherons au Québec et vite, l’idée trouve preneur dans les villages voisins. Partant de là, le mouvement s’organise et quinze ans plus tard, un arbre sur quatre au Québec est coupé par des coopératives forestières, organisée en fédération. Encouragé par les résultats, le gouvernement et le clergé poussent le concept coopératif jusqu’à fonder Guyenne en 1947 où l’assemblée des membres fait office de conseil municipal. À Roquemaure, jusqu’à 7 coopératives furent mises sur pied. Bref, le projet pilote a donné des résultats très utiles et le Québec doit une fière chandelle aux pionniers coopérants de Roquemaure. Bien que ce ne soit pas toujours facile de s’entendre ensemble pour tout gérer en groupe, la révolution tranquille plus urbaine, la baisse démographique et le meilleur accès aux services à La Sarre avec la construction du pont de Gallichan en 1966, ont fait chanceler les organisations coopératives de Roquemaure. Toutefois, on ne compte plus les leaders d’organisations régionales ou nationales dont les racines familiales sont à Roquemaure. S’ils se font dire : « Mêle-toi de tes affaires. Tsé, on n’est jamais mieux servi que par soi-même », ils répondent : « c’est justement parce que je me mêle de mes affaires qu’on doit solutionner nos problèmes en groupe ». Dans ce village qui prend maintenant un tournant agroalimentaires ambitieux, lorsqu’en 2014 le pont à Gallichan fut fermé cause des longues réparations, qu’est-ce qu’on s’est créé pour se donner un nécessaire service d’épicerie-dépanneur? Une coopérative de solidarité!
Roquemaure, c’est aussi le Marais Antoine. L’organisme Canard Illimités a investi plus de 500 000 $ en 1992 pour monter un barrage régulant l’eau de ce marais. Depuis ce temps, la faune ailée décolle allègrement d’ici avec leur marmaille en vol de pratique, sous le regard ébahi des observateurs à longue vue, du haut du promontoire. Si vous devez vous pincer pour mesurer votre chance, passez donc votre été au populaire camping de Roquemaure. Touristiquement, la religion catholique a joué un grand rôle dans l’attractivité de Roquemaure par le pèlerinage annuel de l’ensemble du diocèse pour prier Ste-Anne. L’incendie tragique de la superbe église locale en 1970 a donné un dur coup et reste marquant en mémoire. Dans ce patelin colonisé par des gens de La Pocatière, vous apprendrez aussi quelques lignes de l’histoire des dizaines de fières familles de Madelinots qui se sont installées en bordure du lac vers 1943 tout comme à l’île Népawa et qui ont laissé leur marque notamment par leurs chants et leurs danses qui ont représenté Roquemaure à l’émission Les soirées Canadienne dans les années 70. Le visionnement en vaut le coup.
De marais, on passe à maraîcher. La filière agroalimentaire des fruits et légumes recèle un potentiel que le village de Roquemaure saisit actuellement. La maraîchère Mme Léonie avec ses paniers bio était déjà bien implantée ici. Multipliant les rencontres mobilisantes, les projets flyés et le fouillage de subventions comme levier, rien n’est exclu et ce, de l’idéation jusqu’à l’assiette. Il faut dire que ce territoire qui jouit d’un microclimat rallongeant la saison végétative de 3 semaines à cause de l’humidité de l’immense lac Abitibi, a l’habitude d’être scruté de près, de prendre des risques et de ne pas tirer sur les mêmes ficelles que les autres pour attacher leurs projets. Sans doute, un autre effet du coopératisme à l’échelle d’un village, parce qu’on sait se mêler de nos affaires… en groupe.
Un texte de Guillaume Beaulieu
Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications.







